Bitcoin : origines, naissance, caractéristiques

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Le Bitcoin (BTC) est aux crypto-monnaies voire à la blockchain ce que la figure de proue est pour le bateau : ce qui est mis en avant, ce que l’on voit en premier. Il est très souvent considéré comme la porte d’entrée vers l’achat de cryptomonnaies. Toute l’actualité médiatique relative à ce petit monde tourne autour du Bitcoin. Si vous êtes un peu rebelle ou fan de Vitalik Buterin, notre ami fondateur d’Ethereum, vous serez tenté de laisser le Bitcoin de côté. Mais vous vous perdrez rapidement… N’essayez donc pas de passer à côté, vous aurez à un moment ou un autre avoir affaire directement ou indirectement au Bitcoin ! 

Cet article est assez long puisque le Bitcoin, c’est un peu l’histoire de la cryptomonnaie dans son semble ! Pour les faignants, le crtl + F est votre ami 🙂

Les origines du Bitcoin

J’aurais pu intituler ce paragraphe « Bitcoin : Origins » pour faire référence à un célèbre jeu vidéo mais l’indexation de cet article en aurait été perturbée !

L’histoire du protocole Bitcoin ne commence pas en 2009 comme vous pouvez le lire un peu partout mais à la fin des années 1990. L’émergence d’internet a engendré une période d’euphorie qui s’est terminée par la fameuse « bulle internet ». Cette technologie a permis l’émergence de multiples projets divers et variés. Sans être directement liés à internet, on trouve 2 projets faisant aujourd’hui partie de la préhistoire des cryptomonnaies : B-money et BitGold.

B-money

B-money fut proposé par l’informaticien Wei Dai en novembre 1998. Il en décrit les fonctionnalités dans une archive conservée sur son site internet. Résumons-le simplement. B-money est caractérisé par 2 principes : une base de données conservant la valeur détenue par chaque utilisateur (1), un moyen pour enregistrer cette valeur mise en ligne par un utilisateur et visible par l’ensemble du réseau (2). En d’autres termes, vous avez là l’ancêtre de la proof-of-work (preuve de travail).

La preuve de travail est une méthode développée au début des années 1990 et perfectionnée par un cryptographe britannique, Adam Back. Il a baptisé son projet Hashcash. La technique de validation est très proche de celle existant de nos jours puisque toutes les transactions sont visibles par tous les participants. Toutefois, le protocole prévoyait une possibilité de réparation en cas de problème dans la transaction. Chose qui n’existe pas aujourd’hui.

Mais Dai a aussi développé un second protocole qui est implicitement proche de la proof-of-stake (preuve d’enjeu). Il implique que quelques participants, regroupés dans « le serveur », conservent les comptes de tous les autres. Une somme d’argent en guise de caution est nécessaire pour en faire partie. Or, si ce serveur est composé de gens malhonnêtes, je vous laisse imaginer les conséquences pour les autres participants…

Malgré son idée ingénieuse d’une véritable crypto-monnaie, B-money n’a jamais vu le jour faute de réalisation concrète.

BitGold

BitGold est apparu en 2005. Ce projet fut développé durant de longues années par Nick Szabo, l’un des pontes de la cryptographie numérique et notamment précurseur du smart contract.

BitGold est quasi-identique au protocole bitcoin. En effet, il s’agit d’un système distribué de chaînes de preuves de travail infalsifiables et irréversibles. La seule différence, et non des moindres, est une sécurité laissant à désirer. Szabo a notamment tenté de résoudre la problématique principale d’un transfert de crypto-monnaies : la double dépense. Sans succès. J’y reviendrai très bientôt.

Mais n’oublions pas que BitGold a aussi souffert de la concurrence de Rippleplay, une sorte de Paypal du marché des changes (je fais simple pour résumer 🙂 ). Rippleplay est surtout la première version de la crypto-monnaie Ripple, l’une des plus controversées du milieu pour des raisons qui sont évoquées dans l’article la concernant.

La naissance du Bitcoin

Le manifeste de Satoshi Nakamoto

Le Bitcoin a cette part de mystère qui le rend à la fois passionnant, intriguant et suspect. Le créateur du Bitcoin est en effet inconnu et son identité ne risque pas d’être dévoilée de sitôt, même si vous lisez le contraire ici et là.

C’est le 31 octobre 2008 qu’est publié le manifeste intitulé « Bitcoin : A peer-to-peer electronic cash system » (Bitcoin : un système d’argent électronique pair-à-pair). L’auteur est un mystérieux Satoshi Nakamoto qui se dit japonais. Comme il n’a jamais révélé son identité, toutes les spéculations ont été envisagées : un groupe de personnes, Nick Szabo (bien que de forts soupçons existent pour lui !), Hal Finney ou autre. Laissons l’enquête de côté, j’estime qu’il s’agit d’un détail, du storytelling, plutôt qu’une information vitale. L’essentiel est que le Bitcoin existe !

2009-2010 : les premières transactions en Bitcoin

En janvier 2009, Satoshi Nakamoto dévoile Bitcoin QT, devenu depuis Bitcoin Core. Il s’agit d’un logiciel de création d’unités du fameux peer-to-peer electronic cash. Le 3 janvier 2009 est donc la date de naissance officielle du Bitcoin, de la cryptomonnaie et de la blockchain. La blockchain est en effet une technologie qui est née avec le Bitcoin, et non l’inverse. C’est une date à graver dans le marbre, peut-être le début d’une nouvelle ère dans ce XXIème siècle. Quoi, j’exagère un peu ? Nous verrons 🙂

Les premières transactions en Bitcoin sont confidentielles et seuls quelques initiés y participent. Fin 2010, Satoshi Nakamoto quitte définitivement Bitcoin-QT… et disparaît à jamais dans l’anonymat ! Ce qui n’a fait que renforcer le mysticisme entourant ce patronyme.

Depuis 2010 : le mondialisation du bitcoin

Le reste est de l’histoire. Le Bitcoin est un actif financier considéré comme sulfureux en raison de l’opacité l’entourant et de divers scandales. Le plus grand d’entre eux est la marketplace Silk Road où l’on pouvait acheter de tout et surtout n’importe quoi (armes, drogues et autres produits illégaux). Ross Ulbricht, son fondateur, est aujourd’hui en prison et y restera jusqu’à son dernier souffle.

Pourtant, le Bitcoin a toujours tenu bon, malgré ses hauts et ses bas qui ressemblent un peu à ça.

Le Bitcoin a même fait des petits, des cryptomonnaies concurrentes, jumelles voire dissidentes. Je le répète, il a surtout donné naissance à la technologie blockchain.

L’année 2017 fut celle où le Bitcoin, connu des geeks, anarchistes, passionnés de numérique et de (quelques) bandits, fut mis au centre de l’attention médiatique. Au bal des idiots, les grands médias, les banquiers, les politiques voire certaines professions respectables (dont ne font pas partie les banquiers) comme les avocats ou les économistes. Une part non négligeable d’entre eux ont raconté de belles sottises sur le Bitcoin, sans rien y comprendre, sans l’avoir touché de près ou de loin. Pourtant, il est toujours là, bien vivant et bien portant.

Il ne s’agit pas d’un roman en lice pour le prix Goncourt, je vais donc arrêter de ce pas ma tirade et vous énumérer les caractéristiques du Bitcoin.

Les caractéristiques du Bitcoin

Le Bitcoin est à la fois la mort des erreurs du passé et la naissance de la blockchain. Voyons voir pour quelles raisons.

Je précise que ne seront pas abordées les deux crypto-monnaies dissidentes que sont le Bitcoin Cash (BCH) et le Bitcoin Gold (BCG).

La concrétisation de B-money et de BitGold

On l’a vu plus haut dans cet article, les deux précédents projets ont essentiellement échoué en raison de problèmes de sécurité, d’authenticité ou de diverses difficultés liées à la complexité du système. Le premier d’entre eux est la fameuse double dépense, aussi appelé joliment le problème des généraux byzantins.

J’avoue mon ignorance totale de ce problème avant d’avoir lu livres et articles sur les caractéristiques du Bitcoin ! Je vais donc résumer simplement (mais un peu longuement), avec mes mots et ma petite passion pour l’Orient byzantino-ottoman ! Ma métaphore diffère de la classique mais elle est tout aussi valable pour décrire le problème.

L’Empire byzantin voit sa capitale Constantinople assiégée par les Ottomans. 10 généraux de l’armée byzantine sont postés sur les remparts de la ville et seule une coordination parfaite des 10 permettra de la défendre. Si un ou plusieurs d’entre eux sont des traîtres, la capitale tombe. En effet, les généraux ne peuvent pas directement communiquer entre eux et font confiance à des messagers considérés comme fiables. L’objectif est de trouver comment le plan de défense des généraux loyaux fonctionne malgré la présence de ces généraux traîtres. En termes cryptographiques, il s’agit de trouver un algorithme permettant de coordonner la confiance entre les généraux grâce à des messages écrits, signés et surtout infalsifiables.

Dans le cas du Bitcoin, cet algorithme permet de supprimer la crainte de la double dépense, par exemple lorsque Michel envoie 1 bitcoin à Denis mais en parallèle potentiellement ce même bitcoin à Robert. Grâce au consensus proof-of-work et au minage, le protocole Bitcoin permet de résoudre ce problème des généraux byzantins et d’écarter la double dépense. Ainsi, lorsque Michel envoie son bitcoin à Denis, il ne peut plus le transmettre en parallèle à Robert pusqu’il ne l’a plus. La technologie blockchain est aujourd’hui la seule à pouvoir résoudre ce problème des généraux byzantins.

Les principes fondamentaux du Bitcoin

Ils sont au nombre de 6. Je ne vais faire que les énumérer parce que, parler de CPU, de nœuds, de clé publique/clé privée, de hash, c’est un peu trop complexe pour moi qui n’est ni informaticien ni cryptographe 🙂 :

  1. La blockchain Bitcoin est un réseau pair-à-pair qui n’est pas régulé par une autorité centrale => les utilisateurs s’échangent donc des bitcoins sans intervention d’un tiers de confiance,
  2. Les bitcoins échangés ont une valeur fixée en devises classiques qui varie par le seul mécanisme de l’offre et de la demande => la variation du cours n’est donc influencée que par l’achat et la vente de l’unité Bitcoin,
  3. Les échanges sont validés par un système complexe déjà évoqué (proof-of-work) où la cryptographie asymétrique et la résolution d’équations mathématiques complexes par des ordinateurs surpuissants permettent l’enregistrement d’une transaction dans un bloc et dont l’activité est appelé minage => il s’agit du type de blockchain le plus complexe, le plus énergivore mais aussi le plus sécurisé,
  4. Chaque transaction est enregistrée par un horodatage (de type SHA-256) dans un registre distribué, infalsifiable, visible par tous, qui n’appartient à personne et dont la modification est impossible => il s’agit de l’archétype parfait de la blockchain publique,
  5. Le nombre de bitcoins est limité à 21 millions dont le dernier doit normalement être émis lorsque nous serons tous poussière, au XXIIème siècle => comme l’or, sa limite en fait sa force.
  6. La crypto-monnaie bitcoin est divisible jusqu’à 8 décimales. Un satoshi équivaut à 0,00000001, un bit 0.000001 et un millibitcoin 0.001.

L’objectif de cet article n’étant pas de vous donner un cours de cryptographie (j’en serai bien incapable 🙂 ), je ne vais pas plus m’aventurer sur ce terrain. L’essentiel est de bien cerner ces 6 principes !

Le minage

Il a déjà été évoqué plus haut et je vais faire court. Non, ce ne sont pas les gueules noires des mines du Nord mais des ordinateurs tournant à plein régime. Il s’agit d’un protocole dit de consensus distribué et décentralisé. Chaque transaction est validée par des calculs informatiques complexes qui permettent de vérifier une transaction en décryptant l’échange, d’enregistrer cette transaction et de sécuriser l’ensemble des transactions.

Les mineurs sont rémunérés en bitcoins. Le montant diminue depuis 2009 et il est prévu qu’il continue de baisser.

La pseudonymisation des transactions

Parmi les 4 idées reçues notoires sur le bitcoin, la plus usitée est le soi-disant anonymat des transactions. Or, le bitcoin n’est pas une crypto-monnaie anonyme ! Toutes les transactions sont visibles sur la blockchain que vous pouvez télécharger ici.

Dans Bitcoin Core, toutes les transactions sont enregistrées par l’échange d’une valeur entre 2 pseudonymes cryptographiques. Or, même si la technique n’est pas réalisable par le premier venu, il est possible de croiser plusieurs données afin de retrouver à qui appartient le pseudonyme. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé avec Silk Road…

Conclusion

Quoi, déjà ? Si vite ? La conclusion est un peu abrupte mais plutôt que de partir loin, je préfère m’arrêter là ! Le Bitcoin est la reine-mère des crypto-monnaies, on pourrait donc en parler des heures, en écrire des pages. J’ai ici voulu vous résumer l’essentiel de l’historique et de ses caractéristiques, dans un article sans valeur temporelle, pouvant faire l’objet de mises à jour ponctuelles et qui peut être lu dans plusieurs années.

Vous trouverez sur ce lien (en français !) le site officiel du Bitcoin.

4 comments

  1. Xavier Reply

    Excellent article comme d’habitude. Merci de partager vos connaissances. Un véritable plaisir de vous lire.

    • Benjamin Post authorReply

      Merci beaucoup Xavier, je suis très heureux que mes articles vous plaisent ! 🙂

  2. Valem Reply

    Excellent article qui retrace l’histoire du Bitcoin. Merci beaucoup !

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