La blockchain et les réseaux sociaux

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Il est toujours plaisant d’observer que la technologie Blockchain fait de plus en plus parler d’elle en bien et que beaucoup s’y intéressent. Parmi eux, de nombreux sites internet ou revues dits « sérieux » y consacrent des articles sur des thématiques passionnantes. Par exemple, je viens de parcourir ce billet de Steve Olenski publié sur Forbes où l’auteur aborde les potentielles relations entre la blockchain et les réseaux sociaux. Ou plutôt, si la blockchain va réinventer le réseau social tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Une petite histoire des réseaux sociaux…

En 2017, il est difficile d’imaginer un monde sans réseaux sociaux. Or, il y a 10 ans à peine, en 2007, dire que la planète n’était pas connectée ne relève ni de l’exagération, ni de l’erreur manifeste. En effet, Facebook et YouTube émergeaient à peine, Twitter venait d’être créé, Instagram, SnapChat ou encore WhatsApp (pour ne citer que les plus utilisées) n’existaient pas. Même LinkedIn, une espèce issue du jurassique du Web 2.0 puisque créée en 2002, n’intéressaient que quelques dizaines de milliers de curieux. Mais le potentiel était là. Les réseaux sociaux ont donc révolutionné notre façon de communiquer, de partager, de s’informer et bien d’autres choses.

Pourtant, y aurait-il déjà un essoufflement du modèle de société inculqué par ces réseaux sociaux ? S’il semble dérisoire, le doute est par endroit semé. Aujourd’hui, s’ils sont nombreux, la sphère des réseaux sociaux n’est dominée que par quelques mastodontes. Facebook possède Instagram et WhatsApp, Google a racheté YouTube, Microsoft a acquis LinkedIn. En laissant de côté le cas de SnapChat, le solitaire adulé des adolescents, le monde du réseau social est donc un monde centralisé par des mastodontes dont il ne reste que des miettes à prendre, à moins d’avoir une idée ingénieuse pour s’intégrer comme SnapChat l’a fait avec ses filtres et ses contenus limités à quelques secondes. Ces mastodontes sont en quasi-monopoles et font donc absolument ce qu’ils veulent.

Les premiers signes de fatigue du réseau social

Si vous discutez avec des adolescents, vous noterez qu’ils ont une appétence particulière pour Snap et Instagram, alors que Facebook est considéré comme le réseau social des parents et est moins utilisé par cette tranche d’âge ! Tout va très vite ! Il est donc nécessaire de constater l’évolution permanente du monde des réseaux sociaux.

Cas le plus emblématique de cet essoufflement, Twitter, lui aussi solitaire, voit son nombre d’utilisateurs stagner. Or, je suis d’avis, comme d’autres, que la fin de l’augmentation du nombre d’utilisateurs peut aboutir, à moyen terme, à un cercle vicieux et à la mort du réseau social concerné s’il n’évolue pas et n’innove pas. Que dit baisse du nombre d’utilisateurs, dit baisse du nombre d’utilisateurs actifs, baisse du chiffre d’affaires, baisse du bénéfice, etc, jusqu’aux pertes financières… mais c’est un autre sujet… et je m’éloigne du mien !

Les promesses de la blockchain et de sa décentralisation

Revenons donc à nos moutons, à savoir la blockchain et les réseaux sociaux. On le sait déjà, la blockchain révolutionne, notamment, la façon dont sont authentifiées des transactions. Ainsi, grâce au minage, plus besoin de tiers de confiance (la banque) pour savoir que A a payé B et surtout que A n’a pas déjà utilisé l’argent pour payer C (problème de la double-dépense) ou ne l’a jamais eu. Mais la blockchain, c’est aussi une transparence absolue. Du moins aujourd’hui mais ça aussi, c’est un autre sujet… Cette transparence est certifiée par l’utilisation d’adresses publiques composées de multiples caractères qui, si elles peuvent être suivies, ne révèlent pas qui se cachent derrière. En d’autres termes, tout est visible mais personne n’est visé nommément. C’est tout le modèle de la décentralisation (voir par exemple le projet du réseau social professionnel Indorse, basé sur une blockchain Ethereum, ou encore Nexus).

Nos données privées… privées

Or, la mal du réseau social d’aujourd’hui, c’est la centralisation. Ainsi, Facebook sait tout sur vous, ses algorithmes connaissent vos préférences, vos souhaits, votre façon de cliquer, vos interactions. Seul Facebook possède ces données précieuses et les vend au plus offrant. La formule magique est simple et, en retour, vous avez de merveilleuses publicités ciblées, au point de vous demander : « Mais comment peuvent-ils savoir ça ? ». Le réseau social est gratuit car vous êtes le produit !

En décentralisant, les données appartiennent à leurs utilisateurs et non plus au réseau. Des questions viennent alors sur le business model d’une start-up comme Indorse et cliquez sur le lien plus haut (ou ici) si vous souhaitez en savoir plus. Le respect de notre vie privée est bien entendu renforcé avec cette initiative. Nos données privées ne sont alors plus publiques et retrouvent leur état d’origine : des données privées privées.

Des utilisateurs maîtres du jeu

Corollaire de la maîtrise de nos données, la décentralisation permettrait aussi l’échange privé qui serait intégré à la blockchain. Ainsi, un « Salut Marie, tu vas bien ? » visible par Facebook en utilisant Messenger deviendrait « 564hg564g54gh545gh4 écrit à 756gffgfggf4gf21vc21secv4b » sur un réseau social décentralisé grâce à la blockchain : visible de manière cryptée par tous (du moins par celui qui s’amuse à chercher) mais dont le contenu sécurisé et déchiffrable est uniquement connu de l’expéditeur et du destinataire.

Des utilisateurs rémunérés

Autre promesse qui pourrait en ravir plus d’un, un réseau social fonctionnant grâce à la blockchain permettrait à certains utilisateurs d’être rémunérés grâce à leur contenu. Un rêve ? Pas vraiment. Aujourd’hui, les réseaux sociaux se rémunèrent uniquement grâce à nous et de 2 façons. La première, qui représente une infime minorité, ce sont les utilisateurs payants (par exemple, payer pour rendre visible un post ou une photo). La deuxième, qui représente l’écrasante majorité, est la vente de nos données que nous-mêmes nous créons. Ma photo du feu Azure Window de Malte (cette arche était merveilleuse !!), un poème pour mon/ma bien-aimé(e) ou une vidéo de mon lézard Félix qui danse la macarena, tout contenu dont nous sommes l’auteur appartient de droit au réseau social qui s’en sert pour se rémunérer. Si ce contenu reste toujours entre nos mains, nous pourrions le rémunérer grâce aux likes, commentaires, partages… dans un business model qui reste à définir. À partir de combien de likes est-on rémunéré ? Ou tout simplement, qu’est-ce qui peut être rémunéré ?

Un principe restant complexe

Le seul problème de ces promesses, ce sont leurs complexités, comme toute la blockchain en général. Outre la complexe définition de la rémunération des auteurs, vient s’ajouter la création d’une crypto-monnaie unique pour chaque réseau social décentralisé. En effet, cette crypto-monnaie unique semble être l’accessoire nécessaire à la décentralisation du réseau et à sa « blockchainisation ». Utiliser une autre monnaie reviendrait alors à faire appel à un tiers de confiance. Quid de la compatibilité avec les autres crypto-monnaies ou même les monnaies « classiques » ? À ce jour, ces problématiques et bien d’autres (dont la principale est d’attirer des utilisateurs) sont loin d’être résolues.

Quel avenir pour les réseaux sociaux grâce à la blockchain ?

La postulat actuel est clair : beaucoup de gens se sentent surveillés sur internet. Certains l’ignoraient car ne comprenant pas vraiment comment fonctionnent les entrailles du Web. D’autres le savent mais aiment internet et souhaitent que cela change. Une autre catégorie le sait mais s’en fiche. Les derniers le savent et en jouent. Mais ces quatre catégories ont la certitude que tous leurs gestes du clavier sont épiés et parfois vendus.

La technologie blockchain décentralisée est donc une aubaine pour remédier à cette surveillance et à cette violation de fait de la vie privée d’autrui. Reste maintenant à savoir comment vont réagir les mastodontes actuels. Leur puissance est telle qu’ils paraissent intouchables. S’ils revendiquent pour certains des milliards d’utilisateurs, leur socle d’utilisateurs ultra-connectés, dont l’addiction peut inquiéter, est tellement important qu’il semble difficile de les déloger et leur modèle avec.

C’est pour cela que je ne suis pas certain d’une chose : la blockchain va tuer Facebook. Ou plutôt, que le modèle décentralisé va tuer le modèle centralisé en raison de cette surpuissance acquise par les réseaux sociaux. Pourtant, j’estime que le réseau social décentralisé a un grand avenir devant lui mais il devra se faire une place dans ce monde de brutes.

Facebook, Instagram et consorts auront-ils pris le chemin de la blockchain ? Leur modèle d’origine aura-t-il, au contraire, résisté ? De nouveaux acteurs, à peine créés ou pas encore nés, auront-ils pris les devants ? Réponse dans 10 ou 15 ans.

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