Ai-je réellement besoin d’une blockchain pour mon entreprise ?

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Le hype lié à la blockchain et la folie Bitcoin des médias nous font facilement croire que cette technologie de rupture va révolutionner notre société. Par révolution, j’entends le remplacement de tout ce que nous connaissons aujourd’hui avec, pour conséquence, la prise en compte du sujet par les entrepreneurs. La question qu’ils se posent alors est de connaître le moment où ils pourront eux-mêmes implanter une blockchain. Pourtant, la question que l’on devrait se poser serait plutôt : “ai-je réellement besoin d’une blockchain pour mon entreprise ?“. Or, les chefs d’entreprise impliqués dans le secteur se posent rarement cette question… Elle est pourtant centrale et essentielle.

Une blockchain ne peut corriger les erreurs humaines

C’est une idée reçue notoire : grâce à la blockchain, vous allez définitivement supprimer les erreurs humaines. Or, il n’a jamais été question de pallier aux limites de l’être humain et encore moins à ses perversités. Comme le dit si bien l’article dont j’ai mis le lien juste au-dessus, “si vous nourrissez votre blockchain d’ordures, elles vous ressortira des ordures !”. La blockchain n’est (pour l’instant…) qu’un robot programmé par l’humain. Si le robot est infaillible, c’est tout le contraire de l’être humain.

A titre d’exemple, Carrefour a instauré une blockchain pour assurer la traçabilité de certains aliments. C’est très bien… mais il convient de se connaître avant-tout l’identité de la personne enregistrant les informations dans la blockchain. En effet, si Carrefour est juge et partie, l’authenticité et la transparence de cette blockchain seront fortement remises en cause. Dans ce cas, est-il réellement utile d’instaurer une blockchain ? Pas vraiment.

De l’utilité du smart contract pour mon entreprise

Je me suis déjà interrogé sur la valeur juridique des smart contracts. En revanche, je ne suis pas encore posé la question de son utilité réelle. Au-delà de ses caractéristiques techniques, en quoi est utile un smart contract ? Ce programme informatique va permettre l’exécution automatique d’une prestation, programmée à l’avance, en cas de survenance d’une condition suspensive. Prenons un exemple : je souscris une assurance retard d’avion, je suis indemnisé si mon avion à deux heures de retard à son arrivée. Je n’invente rien, cela existe déjà chez Axa (Fizzy). Vous avez un objet contractuel (prendre l’avion), une prestation programmée à l’avance (versement d’une indemnité) et, plus important, la condition suspensive pour exécuter ladite prestation (l’avion a 2 heures de retard à son point d’arrivée). Et c’est tout. Plus besoin de papiers, ni de justificatifs à transmettre à la compagnie aérienne.

Tout ceci est passionnant… mais en ai-je besoin ? Le caractère fascinant du smart contract n’en fait pourtant pas un remède universel aux diverses difficultés rencontrées dans l’exécution d’un contrat. En effet, de très nombreux business n’ont aucune utilité à mettre en place des smart contracts. Au lieu de vous donner une multitude d’exemples, il suffit de regarder les trois conditions d’application pour qu’un smart contract s’exécute correctement : un objet contractuel, une prestation programmée à l’avance, la condition suspensive pour exécuter la prestation. Or, si les deux premières conditions d’application existent toujours, ce n’est pas le cas de la condition suspensive. En effet, un contrat peut être exécuté sans condition suspensive et c’est d’ailleurs la majorité d’entre eux. En d’autres termes, en l’absence d’une condition suspensive, la nécessité d’un smart contract est fortement remise en cause.

Le risque de développer une technologie qui n’est pas (ou presque) légiférée

Cette problématique peut sembler polémique et je le comprends totalement. En effet, s’il fallait attendre une législation bien ficelée, les projets blockchain ou la simple mise en place d’une blockchain n’existeraient tout simplement pas. La législation relative à la blockchain reste un sujet difficile à appréhender en France, tant que ses contours ne sont pas réellement définis, discutés et évoluent sans même avoir été fixés au préalable. S’il existe des pays d’Europe, comme Malte, où la législation est bien plus avancée ou permissive, c’est surtout dans le domaine des seules crypto-monnaies.

Pour un entrepreneur, le risque est de développer une technologie peu ou pas légiférée. Une fois la technologie en place, une loi peut très bien faire totalement évoluer certains aspects très importants de tout le système créé par l’entreprise, remettant alors en cause sa pérennité. Cette problématique, bien réelle, est peut-être l’une des raisons pour lesquelles les banques sont très réticentes lorsque des projets blockchain lui sont présentés (mais, bien entendu, ce n’est pas la seule raison…).

Néanmoins, que serait l’entrepreneuriat sans prise de risque ? Attendre une législation claire pourrait prendre des années, tout en sachant qu’elle pourrait évoluer radicalement selon le gouvernement en place. Cette problématique est donc secondaire et le besoin d’une blockchain peut être plus important que l’attente d’une législation claire.

La blockchain ne semble pas adaptée à tous les secteurs d’activité

Il est peut-être encore un peu tôt pour tirer des conclusions. Toutefois, il semble que la technologie soit plus à-même d’améliorer trois secteurs en particulier : la finance au sens large, l’énergie et les médias. Pour les autres secteurs, rien n’est rédhibitoire mais l’avantage d’une blockchain face aux technologies existantes n’est pas aussi évident que l’on pourrait penser.

Dans le monde de la finance, pas besoin de vous faire un dessin. les crypto-monnaies ou l’assurance avec l’exemple de Fizzy, c’est le milieu naturel de la blockchain. Ce secteur pourrait être totalement remis en cause dans quelques années par une technologie faite pour le révolutionner. Par remise en cause, je n’entends pas forcément une disparition de l’existant. Au contraire, les banques pourraient très bien s’approprier la technologie, comme avec l’exemple du consortium R3.

Pour l’énergie, c’est l’émergence des smart grids qui pourraient totalement révolutionner et “dépolluer” le secteur. Selon moi, le secteur de l’énergie serait même le grand bénéficiaire de la blockchain. Enfin, le secteur des médias devraient lui aussi bénéficier de la blockchain par une rémunération directe des auteurs qui pourraient partager directement leurs oeuvres sans passer par une plateforme centralisée comme Spotify. Pour tous les autres secteurs, il convient de mettre en perspective le rapport coûts/avantages.

Conclusion

On le voit, la mise en place d’une blockchain n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît. Toutefois, la technologie étant encore en pleine émergence, une conclusion fermée n’est pas la solution magique. Si la blockchain ne semble pas indispensable pour votre secteur aujourd’hui, elle pourrait l’être demain.

2 comments

  1. Boubaiwatta Reply

    Bonsoir Benjamin 🙂
    Je tenais à te féliciter pour le contenu de ton blog, à la fois facile à lire, riche en information de toutes sortes, mais également plaisant à parcourir, épuré et efficace.
    Tu arrives à partager ton enthousiasme et ta “passion” sur le sujet.
    Je ne doute donc pas un seul instant que tu attireras très vite de nombreux lecteurs.
    Au plaisir de découvrir tes nouveaux articles, en te souhaitant du courage ( car il en faut tout de même parfois pour maintenir un blog ) et le meilleur pour la suite.

    • Benjamin Post authorReply

      Merci beaucoup Cyril pour ce gentil message ! Je fais de mon mieux pour publier régulièrement des articles de qualité, informateur et vulgarisateur sur le sujet. Je compte continuer sur cette voie 🙂

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